JOSEPH BARRÈRE (1864-1933).

Joseph Barrère naquit le 20 mars 1864 au château de Buros, près de Gabarret, où ses parents étaient employés chez M. Druillet, vieux célibataire amateur de chevaux et de vaches de courses, qui possédait une immense propriété forestière évaluée à plus d'un millier d'hectares de pins et de chênes-lièges.

Joseph Barrère passa une jeunesse heureuse dans ce château tranquille situé dans une clairière du pignada, et, très jeune, il s'attacha à cette forêt mystérieuse, dans laquelle il aimait faire de longues promenades à cheval, parmi les bruyères mauves et les fougères dorées.

A 17 ans déjà, il avait en mains un troupeau de vaches de courses appartenant à un voisin, M. Mouchet, qui lui laissait l'entière responsabilité du troupeau et des courses données dans les places alentour.

En 1889, à son retour du régiment, Joseph racheta ce troupeau à M. Druillet, qui venait de s'en rendre acquéreur.

Ce troupeau devint très vite célèbre dans le milieu chique landais, car il comptait des bêtes redoutables qui avaient nom : Manola, Capitana, Passiega, et surtout la terrible Caracola, qui devait tuer plusieurs écarteurs, parmi lesquels Pascal à Aire et Nicolas à Facture.

Pour compléter ce troupeau, Joseph Barrère prit l'habitude de se rendre tous les ans en Espagne, dans les ganaderias de Navarre et de Castille, où il devint très populaire sous le pseudonyme de Don José.

C'est ainsi qu'il arriva à éliminer la plupart de ses concurrents français qui n'avaient peut-être pas les mêmes moyens financiers, ce qui limita le nombre de ganaderos landais au nombre de quatre, dont les exploits sont restés célèbres dans l'histoire de la Course Landaise :

- Dubecq, d'Estibeaux, avec la cuadrilla Meunier,
- Passicos de St-Sever, avec la cuadrilla Monacot et Maxime,
- Baccarisse de Dax avec Fillang et Despouys,
- Barrère avec les vedettes Giovanni et Marin 1er, écarteurs-sauteurs.

La ganaderia Barrère devint très vite la meilleure grâce a la vaillance des écarteurs et à la qualité du bétail espagnol, et aussi, il faut le souligner, à la compétence et à la conscience professionnelle du ganadero, qui considérait sa profession comme un véritable sacerdoce.

En 1911, à la mort de M. Druillet, Joseph Barrère se trouva à la tète d'une fortune considérable, car il avait été nommé légataire universel du châtelain de Buros.

Il hérita d'ailleurs en même temps de ce titre de « châtelain de Buros », que ses amis lui donnaient avec une pointe de malice gasconne, nuancée de respect.

La renommée de Joseph Barrère devint si grande que les meilleurs toreros se disputaient l'honneur de servir sous ses couleurs.

C'est ainsi que nous trouverons successivement comme chefs de cuadrillas : de 1906 à 1910 : Giovanni, la vedette incontestée de cette brillante époque, puis de 1911 à 1914 Coran, qui devait être sacré « Roi de l'Arène » en 1911.

Coran.

La guerre mondiale qui éclata en 1914 devait être néfaste pour les ganaderos landais, qui furent contraints l'un après l'autre de vendre leur bétail à la boucherie.

M. Barrère tint 3 ans, mais il fut, lui aussi, obligé de capituler devant les événements, et vers 1917, il se laissa berner par un chevillard peu scrupuleux, qui lui acheta ses vaches pour la somme dérisoire de 6.000 francs, alors que le troupeau était estimé à plus de 100.000 francs.

Après l'armistice, M. Barrère reprit ses activités de ganadero, mais, comme la frontière espagnole était fermée, il fut contraint de s'adresser pour ses achats aux éleveurs camarguais. Malgré le manque de caste de ce nouveau bétail, la ganaderia de Buros reprit rapidement la suprématie parmi les nouveaux ganaderos qui menaient une lutte serrée, et qui avaient nom : Coran le Roi de l'Arène, Ladouès, Lafitte, Cantegrit, et plus tard, Larrouture ancien écarteur courageux et pittoresque.

Quel fut donc le secret de l'incroyable réussite de Joseph Barrère ?...

Ce fut d'abord la personnalité de cet homme exceptionnel qui aima la Course Landaise d'une passion si ardente qu'elle confina parfois au mysticisme, et sa parfaite honnêteté qui lui permit d'obtenir la confiance des Comités de Fêtes.

Certains esprits partisans, jaloux de sa réussite, ont prétendu que cette réussite était due uniquement à son immense fortune.

Il est certain que cette fortune permit à M. Barrère de se rendre propriétaire des vastes pignadas de Lapeyrade où il put installer confortablement sa ganaderia, et où il se rendait tous les vendredis pour y sélectionner les meilleures bêtes en vue des Courses du Dimanche et du Lundi, car, à cette époque, la plupart des Comités donnaient deux jours consécutifs de courses, avec la mention pour celle du Lundi « ...avec du bétail entièrement renouvelé », clause que M. Barrère respectait toujours scrupuleusement.

Deux mots peuvent résumer les qualités exceptionnelles de M. Barrère : honnêteté et conscience professionnelle.

Élu Conseiller Municipal à Losse, puis Conseiller d'Arrondissement du Canton de Gabarret, M. Barrère fit preuve toute sa vie d'une générosité et d'un esprit social admirables, si bien qu'il avait toujours à son service les meilleurs métayers de la région, qui trouvaient chez lui les conditions de travail les plus avantageuses : chemins bien entretenus, maisons reconstruites, et partage des récoltes au tiers, dès 1920, soit plus de 15 ans avant la mise en application des lois sociales concernant le fermage agricole.

Joseph Barrère mourut à Buros le 10 février 1933, à l'âge de 69 ans. Il fut inhumé au cimetière de Gabarret, en présence d'une foule innombrable de tauromaches venus de tous les coins du Sud-Ouest. Dans les nombreux discours qui furent prononcés ce jour-là, on put relever toujours les mêmes mots élogieux : « Honnêteté, Ténacité, Sacerdoce, Conscience professionnelle. »

A Gabarret, la légende de Joseph Barrère est restée très vivante et l'on répète encore dans les réunions et les banquets, le Poème gascon dédié à sa mémoire par son ami le Barde gabardan, Albert Capin, qui commence par ces vers :

« Qui n'es rappelle pas dou bet tems d'aouan guerre,
« Et dou famus troupet dou nouste gran Barrère ?
« Qué podeum ésta fiers, pramoun a, et soulet,
« Qu'a heyt counéche louy noste cher Gaouarret. »

Traduction :

« Qui donc ne se souvient du bon temps d'avant-guerre,
« Et du fameux troupeau de notre grand Barrère ?
« Nous pouvons être fiers, car tout seul il a fait
« Connaître aux alentours notre cher Gabarret. »

Alex CLAVERIE.

In Gens des Landes, Éditions D. Chabas, Capbreton, 1976.

 

L'art Taurin de février 1934 :

« Il y a un an que l’aficion landaise perdait le meilleur de ses animateurs, le ganadero J. BARRÈRE.

Ses obsèques furent une grandiose et imposante manifestation de sympathies, tant par la réunion énorme des aficionados accourus de tous les points de la Gironde, des Landes, du Gers et des Pyrénées, que par les marques d’affectations et de tristesse répandues sur tous les assistants.

La parole autorisée des personnalités qui, sur cette tombe adressèrent le dernier adieu à Joseph BARRÈRE fut impuissante à exprimer tous les regrets ressentis par les amis présents.

Notre Journal s’associa à cette perte cruelle et avec tous ceux qui connurent Joseph BARRÈRE, avec tous ceux qui eurent des relations avec cet homme de bien, nous déclarons, aujourd’hui, après un an que le deuil est aussi vif, les regrets aussi vivaces et que le souvenir de Joseph BARRÈRE n’est pas prêt de s’éteindre en nos cœurs endoloris.

Toutes les véritables aficionados landais avec nous n’ignorent rien de la situation difficile dans laquelle se débat la course landaise ; tant que vécut Joseph BARRÈRE, sa grande aficion, son amour pour notre sport régional étaient pour nous la certitude qu’elle aurait en lui un soutien puissant. Et il fit tout ce qu’il put pour cela. Nous avions confiance et voilà pourquoi sa disparition fut le grand vide d’incertitudes dans l’aficion.

Son fils Fernand n’hésita pas, malgré les difficultés, à prendre la suite de son père et nous savons que lui aussi animé des meilleurs sentiments entend bien conserver toujours la tradition implantée par Joseph BARRÈRE. Mais résistera-t-il aux événements ? Son courage dominera-t-il toujours l’écœurement passager de voir annihiler les meilleurs efforts par la veulerie des uns et des autres ? Nous le souhaitons ardemment et nous sommes prêts à l’aider de toute notre force.

Inclinons-nous donc encore une fois devant ce mausolée qui s’est refermé sur le grand aficionado qui fut notre ami, conservons-en à jamais le souvenir attristé et continuons notre programme, le sien, la défense de la course landaise, ce sera encore le plus sûr moyen de lui prouver en quelle haute estime nous le tenions. »

La Rédaction.

 

Le souvenir !

L'art Taurin de février 1934 :

« Le souvenir ! Que voilà un mot qui contient de grandeur dans la vertu qu’il affirme. Que de gens l’emploient sans lui attacher la valeur qu’il représente et comme est grand et noble celui qui sait le conserver intact au fond de son cœur.

« L’Union Tauromachique Bordelaise gardera pieusement le souvenir de Monsieur J. BARRÈRE ; de son œuvre, c’est toute notre triste consolation et ce souvenir sera pour nous un culte. »

Ainsi s’exprimait le Président LAFARGUE, il y a un an, aux obsèques de Monsieur J. BARRÈRE.

Mais cette affirmation du souvenir que par la bouche de son Président l’Union Tauromachique Bordelaise émettait, n’était pas une affirmation de forme, c’était l’expression de leur peine, de leur tristesse, et ce culte qu’elle affirmait, st toujours conservé vivace au sein de cette famille d’aficionados, témoin la petite cérémonie, toute intime qui s’est déroulée le dimanche 18 février (1934) au cimetière de Gabarret et dont nous donnons la relation.

Gabarret 18 février. - Aujourd’hui, dans le cimetière de notre commune et en présence de la famille du regretté Monsieur BARRÈRE une délégation d’aficionados de l’Union Tauromachique Bordelaise, composée de Madame et Monsieur MERLAUD, de MM. PIEDELEU, BAROUMES Jeune, conduite par Monsieur LAFARGUE, Président de cet important groupement et auxquels s’étaient joints Messieurs TECHENÉ et Éloi LESPES de Lapeyrade s’est rendue sur la tombe de la famille BARRERE et a déposé une plaque commémorative en souvenir du grand aficionado regretté par toute l’aficion landaise.

En quelques paroles empreintes de tristesse, Monsieur LAFARGUE renouvelle à la famille les sentiments de sincères condoléances qui lui adressent les membres de l’Union Tauromachique Bordelaise. Il rappelle le grand vide causé par la disparition du chef de famille et qu’à l’Union Tauromachique Bordelaise ce pieux pèlerinage se renouvellera annuellement en signe de reconnaissance pour celui qui fut un ami sincère et un bienfaiteur du club.

Cette cérémonie, malgré son caractère d’intimité conserve toute sa grandeur et nous sommes heureux de féliciter l’U.T.B. et son actif président pour ce geste de reconnaissance et de souvenir qui fait honneur à ceux qui l’ont accompli.

Dans cette époque d’égoïsme il était à signaler. Voilà qui est fait. »

ALEXIS le Gabardan.

 

Retour haut de page

Retour accueil